BRUXELLES | La renaissance et valorisation d’une œuvre monumentale oubliée : la danse d’Ossip Zadkine

Dissimulé dans les réserves d’une grande enseigne rue Neuve, à Bruxelles, le relief pourra désormais être contemplé dans le Musée Juif de Belgique.

Ans Persoons, Secrétaire d'État bruxelloise en charge de l'Urbanisme et du Patrimoine a lancé ce matin l’opération de sauvetage et de revalorisation du monumental relief du grand maitre de la sculpture du XXème siècle Ossip Zadkine. Pesant plus de 2 tonnes et dissimulé depuis près de 30 ans dans les réserves d’une enseigne internationale de mode entre cartons et tringles, ce relief représentant une allégorie de « la Danse » va bénéficier d’une opération inédite qui permettra aux Bruxellois.es et visiteurs de le redécouvrir au sein du Musée Juif de Bruxelles. Fruit d’une collaboration entre Urban.brussels, la SA Métropole et le Musée Juif de Belgique, avec la participation du musée Zadkine de Paris, de Lone Star, de Prométhéa, du bureau d’architecture Origin et l’IRPA, cette opération vise à redonner une seconde vie à cette œuvre Art Déco inestimable, pourtant oubliée et inconnue de tous.

« Après 30 d’invisibilité et d’oubli, le monumental relief « La Danse » d’Ossip Zadkine, conçu comme cadre de scène de l’ancien Cinéma Métropole, sera d’ici 2025 à nouveau visible et accessible à tous. Cédé à la Région bruxellois en 2020 par les propriétaires de l’Hôtel Métropole, ce relief monumental, plus grande œuvre mondiale du sculpteur Ossip Zadkine, va être déplacé via une opération unique de sauvetage. Découpé en 15 morceaux, il sera transféré des réserves du Zara pour être mis en valeur au sein du Musée Juif de Belgique. D’un trésor oublié et méconnu, nous redonnons aujourd'hui vie au relief Zadkine afin que le monde puisse le contempler et s’émerveiller comme jadis au Cinéma Métropole » déclare Ans Persoons, Secrétaire d’Etat bruxelloise à l’Urbanisme et au Patrimoine.


 

Le relief "La Danse" de Zadkine : une œuvre exceptionnelle témoin d’une époque

C’est dans le cadre de l’ouverture du luxueux Cinéma Métropole le 27 octobre 1932 à la rue Neuve que s’inscrit la conception de ce relief monumental par l’artiste Ossip Zadkine. Construit par l'architecte Adrien Blomme, le Cinéma Métropole offrait près de 3 000 places et était équipé des dernières innovations.

Si Ossip Zadkine et Adrien Blomme avaient déjà collaboré précédemment pour l’habitation personnelle de l’architecte (1928 – av Franklin Roosevelt 52), l’œuvre commandée au sculpteur comme cadre de scène du cinéma est ici d’une toute autre dimension que des ornements de façade. Il s’agit d’un bas-relief de 12 m de long sur 3.5 m de haut, réalisé par l’artiste lui-même in situ pendant la construction de la salle.

Le relief représentant trois personnages dansant avec des rubans (qui pourraient évoquer des pellicules cinématographiques), ne sont pas sans évoquer les frises des monuments antiques grecs qu’admirait le sculpteur.

Réalisé en plâtre, le relief est recouvert d’une patine bronze doré. Il s’agit sans conteste de l’œuvre la plus monumentale encore conservée de ce sculpteur hors normes.

Comme beaucoup de cinémas bruxellois, le Métropole ferme en avril 1991, et est transformé ensuite en commerce par une grande enseigne internationale. Le bas-relief de Zadkine, préservé de la destruction, demeure depuis hors de la vue du public, telle une relique endormie.

   

Une opération de sauvetage unique et de valorisation d’envergure ​

Concrètement, ce projet vise à rendre cette œuvre exceptionnelle à nouveau visible au plus grand nombre en la présentant dans des conditions muséales adéquates.

Après avoir marqué leur intention en 2018, les anciens propriétaires de l’Hôtel Métropole (la famille Bervoets) ont cédé en juin 2020 le relief à la Région bruxelloise sous réserve de le mettre à disposition du public. Plusieurs pistes ont alors été envisagées, dont le maintien in situ du relief et ce afin d’éviter un déplacement délicat de par les dimensions et les matériaux composant l’œuvre. Toutefois, cette option ne permettait aucune accessibilité.

Urban a alors commandé une étude de faisabilité à l’Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA) pour évaluer l’état de conservation de l’œuvre et envisager les possibilités de démontage/ déménagement dans un lieu accessible au public. Pour l’IRPA, l’œuvre est en assez bon état. Quelques pathologies ont été identifiées : principalement de petites lacunes de peinture, quelques fissures et d’anciennes retouches.

L’œuvre étant de taille trop monumentale pour être déménagée d’une pièce, il sera nécessaire de la démanteler au préalable, selon le découpage en 15 parties défini lors de la construction de l’œuvre. Le bureau Origin, spécialisé dans le patrimoine, accompagnera le processus de démontage, transport et remontage.

Parmi les pistes envisagées, celle de mettre le relief en valeur au sein du futur projet de Musée régional Kanal a été explorée mais la présentation dans le complexe Citroën mobiliserait trop d’espace dans le projet, voué par ailleurs, à l’art contemporain.

Le choix s’est porté tout naturellement sur le Musée Juif de Belgique qui propose de ​ consacrer une salle entière au relief et de recréer une sorte d’Atelier Zadkine autour du relief. En effet, le Musée Juif de Belgique avait déjà montré son intérêt pour le relief après que celui-ci ait été définitivement relégué dans les réserves du commerce de la rue Neuve en 1994. En 2001, la conservatrice du Musée Juif interrogeait la CRMS sur la faisabilité d’un transfert mais ce projet n’avait pas été poursuivi. Aujourd’hui, il devient réalité.

« Accueillir la fresque Zadkine, cette œuvre monumentale, oubliée pendant des années au fond d’une réserve du magasin Zara Rue Neuve, est un immense honneur pour le Musée Juif de Belgique. Nous sommes fiers d’en devenir le dépositaire privilégié. Ce projet de sauvetage, initié il y a dix ans par Mr Philippe Blondin (Président du Musée), nous place précisément dans la mission centrale de notre institution, conserver et valoriser le patrimoine artistique belge. Cette œuvre d’art majeure, d’un sculpteur hors-norme, attirera de nombreux amateurs d’art en Belgique, et à l’international. La rendre accessible au grand public, au sein du nouveau musée, ajoutera une note supplémentaire à l’aura de Bruxelles en tant capitale culturelle incontournable. » déclare Barbara Cuglietta, Directrice du Musée Juif de Belgique.

Un momentum pour valoriser cette oeuvre

La redécouverte de cette œuvre coïncide avec une série d’évènements culturels planifiés en 2025 et 2026 en lien avec Zadkine et l’époque pendant laquelle le relief fut réalisé :

  • la commémoration en 2025 du centenaire du style Art Déco par la Région de Bruxelles-Capitale est l’occasion de mettre en évidence d’un chef d’œuvre produit dans la période Art Déco ;
  • le Musée Zadkine de Paris, partenaire du projet, prépare pour 2025 une nouvelle exposition sur le sculpteur tandis que des projets de rétrospectives pourraient voir le jour en 2026.

Ce projet constitue par ailleurs une occasion unique de présenter au public – non seulement bruxellois et belge mais aussi international,– une opération quasi inédite dans le monde de l’Art, dont les étapes-clés devraient être filmées.

Le Musée Juif de Belgique entamera enfin dès 2025 d’importants travaux de transformation dans la partie avant du Musée. Ces travaux ne concernent pas la salle dans laquelle le relief sera exposé mais entraînent un arrêt dans la programmation muséale. Cette dernière se termine en septembre 2024 permettant au musée de réaliser rapidement les adaptations nécessaires pour accueillir le relief dans une scénographie ​ « atelier Zadkine ».

 

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